Rupture du tendon d'Achille : démarche d'imagerie et critères de retour au jeu

À la mi-avril 2026, lors du quart de finale retour de Ligue des Champions perdu par Liverpool face au Paris Saint-Germain, Hugo Ekitiké s'est rompu le tendon d'Achille droit, avec un forfait immédiat pour la Coupe du Monde et une indisponibilité estimée à neuf mois (Eurosport). À l'approche du tournoi, qui se tient du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique, d'autres alertes ont rythmé l'actualité de la sélection : une douleur dorsale contractée par William Saliba lors de la finale perdue du 30 mai a inquiété l'encadrement, avant que les examens n'écartent une blessure grave et ne confirment sa place, le joueur étant simplement ménagé (Goal). Pour le radiologue de ville, ces feuilletons publics renvoient à une pathologie quotidienne dont la prise en charge a nettement évolué : la rupture du tendon d'Achille.

Une lésion fréquente du sportif autour de la quarantaine

Les lésions tendineuses représentent jusqu'à 30 à 50 % des blessures liées à une pratique sportive, et le tendon calcanéen en concentre une part majeure chez l'homme actif de 30 à 50 ans (La Médecine du Sport). Le mécanisme typique associe une contraction excentrique brutale du triceps sural lors d'un démarrage, d'un saut ou d'un changement d'appui, exactement le geste qui piège le footballeur professionnel comme le sportif occasionnel du week-end. La rupture concerne surtout les sports d'arrêt-relance, football, tennis ou course à pied, où la sollicitation explosive du mollet atteint son maximum sur un tendon parfois déjà fragilisé par une tendinopathie chronique. La rupture siège le plus souvent 2 à 6 centimètres au-dessus de l'insertion calcanéenne, dans une zone de vascularisation réduite qui explique sa fragilité mécanique (données anatomiques de référence). Le tableau clinique reste évocateur, mais l'imagerie tranche le diagnostic, le type de rupture et le pronostic fonctionnel.

L'échographie linéaire en première intention, l'IRM pour le bilan d'extension

L'examen clinique ouvre la démarche : le test de Thompson, qui recherche l'absence de flexion plantaire à la pression du mollet, et la manœuvre de Brunet-Guedj orientent fortement vers une rupture complète. L'échographie en sonde linéaire haute fréquence s'impose ensuite comme l'examen de première intention, accessible et dynamique, capable de mettre en évidence la discontinuité des fibres, l'hématome interstitiel et le signe de l'encoche, tout en mesurant le gap entre les extrémités tendineuses (Kinesport). Le tendon sain mesure moins de 6 millimètres de diamètre antéro-postérieur, repère qui rend toute interruption focale immédiatement lisible à l'écran (La Médecine du Sport). L'examen comparatif et l'étude en flexion dorsale distinguent une rupture partielle, où moins de la moitié des fibres est désinsérée, d'une rupture transfixiante avec écart franc. Réalisée au cabinet, l'échographie évite l'irradiation et le délai d'accès de l'IRM, ce qui en fait l'examen de débrouillage de première ligne, sous réserve d'un opérateur entraîné et d'une étude comparative systématique du côté controlatéral. L'IRM intervient en complément, pour préciser l'extension lésionnelle, la rétraction tendineuse et les ruptures partielles difficiles, notamment avant une décision chirurgicale.

Classer la rupture pour orienter le traitement

La classification de Kuwada gradue la rupture en quatre stades selon l'importance de la séparation des fibres, du stade partiel au défect supérieur à 6 centimètres imposant une plastie tendineuse (littérature chirurgicale francophone). D'autres cadres, comme la classification de Myerson, décrivent les pertes de substance des ruptures chroniques ou négligées selon la taille du gap. Cette mesure conditionne directement le choix thérapeutique entre trois voies. Le traitement fonctionnel conservateur, longtemps perçu comme un renoncement, prend désormais en charge une part des ruptures du tendon d'Achille sans opération, en botte ou orthèse avec rééducation précoce, au prix d'un taux de re-rupture de 10 à 15 %, contre 4 à 10 % après chirurgie percutanée de type Tenolig et moins de 2 % après chirurgie ouverte conventionnelle (La Médecine du Sport). L'imagerie initiale, en objectivant l'affrontement des extrémités en flexion plantaire, contribue à départager une prise en charge non opératoire d'une indication chirurgicale.

L'élastographie shear wave, marqueur quantitatif de la cicatrisation

L'élastographie shear wave (SWE) complète l'échographie morphologique en quantifiant la rigidité tendineuse, là où l'échelle de gris reste qualitative. Sur tendon asymptomatique, 86 à 93 % des structures apparaissent rigides à l'élastographie, alors que les tendons symptomatiques montrent un assouplissement marqué dans 57 % des cas, ce qui ouvre un suivi objectif de la cicatrisation (La Médecine du Sport). Une étude de 2025 a montré que la SWE temps réel apporte une information biomécanique quantitative pour la planification préopératoire et le suivi postopératoire des ruptures complètes fermées, les modifications restant confinées au segment tendineux libre (Yang, Journal of Clinical Ultrasound, 2025). Sa reproductibilité dépend toutefois de la position de cheville, de la fréquence de sonde et de l'effort musculaire, et son protocole d'acquisition n'est pas encore standardisé (Journal of Ultrasound, 2024).

Le retour au jeu repose sur des critères encore peu standardisés

La décision de reprise combine en pratique imagerie sérielle, évaluation clinique et tests de force, sans seuil consensuel. Une revue de portée publiée en 2026 dans Sports Health a constaté qu'aucune des 34 études analysées ne définissait de critère chiffré formel de retour au sport après réparation du tendon d'Achille, malgré le recours fréquent au test de relevé sur la pointe du pied, à la dynamométrie isocinétique, à la circonférence du mollet et au score ATRS (Busà et coll., Sports Health, 2026). Le relevé sur pointe, en quantité comme en qualité, détecte les déficits fonctionnels résiduels du triceps sural, tandis que l'isocinétisme objective la récupération de force en comparaison au côté sain. L'imagerie de contrôle, échographie ou IRM, vérifie la continuité du cal tendineux et l'absence de zone de fragilité avant l'autorisation de reprise, qui intervient rarement avant six mois chez le sportif de haut niveau. Chez Hugo Ekitiké, l'indisponibilité annoncée de neuf mois illustre ce calendrier long, où la reprise se guide sur la consolidation tendineuse objectivée par l'imagerie et sur la récupération de force, davantage que sur un délai fixe.

Consommables d'échographie pour la traumatologie en cabinet

Cette démarche, échographie en première intention puis IRM de confirmation, fait de la sonde linéaire l'outil quotidien du radiologue et du médecin du sport face à une suspicion de rupture tendineuse. La fiabilité de l'examen tient autant à l'opérateur qu'à la qualité du couplage acoustique et à l'hygiène de la sonde, en particulier lorsqu'un geste échoguidé est associé au bilan. EDM Imaging accompagne cette traumatologie de cabinet avec les consommables de sa marque propre Krystal, dont les protections stériles sans latex Krystal pour sondes superficielles et les gels d'échographie adaptés à l'examen musculosquelettique. Ces consommables sécurisent l'examen comparatif et les gestes guidés sans alourdir le flux de la consultation.

Une démarche d'imagerie qui structure la décision

De la suspicion clinique au feu vert de reprise, l'imagerie jalonne chaque étape de la rupture du tendon d'Achille : l'échographie pose le diagnostic et mesure le gap, l'IRM cadre le bilan préopératoire, l'élastographie quantifie la cicatrisation. La standardisation des critères de retour au jeu reste le maillon faible de la prise en charge, et la diffusion de l'élastographie shear wave en cabinet pourrait, dans les prochaines années, donner au suivi le repère chiffré qui lui manque encore. Pour le médecin de ville, suivre les forfaits de la Coupe du Monde revient surtout à reconnaître, sur sa propre table d'examen, une pathologie dont le pronostic se joue largement à l'image.

Sources et références